Un ordre nouveau 1815-1848

Les soulèvements de 1789 à 1815 ont métamorphosés le paysage politique Européen. La Révolution Française changea les paysans en travailleurs et les simples sujets en citoyens. Les guerres Napoléoniennes bouleversent les frontières tout en rependant les idéaux révolutionnaires de liberté, d’égalité, de fraternité et du droit des peuples à disposer d’eux mêmes dans toute l’Europe. Entre 1814 et 1815, le congrès de Vienne redessine les frontières en réduisant le nombre d’états.

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Bien que l’Italie et les pays germanophones restaient fractionnés, les habitants de que chaque entité sentaient émerger l’idée d’une nation unifiée par la langue et la culture. De même, les pays ayant récemment perdu leur indépendance, tel que la Pologne, ou qui avaient longtemps enduré les dominations étrangères comme la Hongrie et la Bohème : pour eux l’indépendance des états nations semblait un idéal. Ces aspirations à la liberté sont contenues dans des répressions sanglantes. Les révolutions de 1848 et 1849 furent un échec relatif. L’intérêt dans une culture nationale grandissait et les compositeurs incorporaient des caractéristiques nationales dans leurs chants, la musique instrumentale et les opéras. L’idéal cosmopolite du XVIIIème siècle est remplacé par une exigence pour que chaque compositeur écrive une musique fidèle à son identité nationale.

Les Amériques

 L’Amérique connu également des changements radicaux. À la suite des révolutions Américaines et Françaises, une révolution éclatât en Haïti en 1791 conduisant à l’indépendance du pays en 1804. Il devint le premier état indépendant d’Amérique latine fondé par des esclaves affranchis. Après que l’Espagne et le Portugal furent affaiblis par les invasions Napoléoniennes, les révolutions de 1810 à 1824 apportent l’indépendance à la majeur partie de l’Amérique Latine. La majeure partie des états avait déjà atteint leur forme moderne en 1838. Entre 1803 et 1848, les Etats Unis d’Amérique s’étendent à l’Ouest et au Sud grâce à la faveur d’achats, de traités ou des guerres. Dans certains états, les nations Indiennes se battent pour conserver le contrôle, mais les colons s’installent à l’Ouest de plus en plus nombreux. Les Etats Unis d’Amérique commence à construire leur propre identité culturelle à travers les contes de Washington Irving et Nathaniel Hawthorne ainsi que les romans de James Fenimore Cooper et les chants de Stephen Foster. Au Canada, les provinces Françaises et Britanniques furent officiellement unifiées en 1841, bien que les deux partis restent en conflit jusqu’à ce que la fédération Canadienne soit établie en 1847.

Le déclin du mécénat aristocratique

En Europe, les changements économiques ainsi que les bouleversements affectent les musiciens de façon drastique. En effet, les guerres et l’inflation appauvrissent l’aristocratie. La disparition de plus d’une centaine de petits états réduit aussi drastiquement le nombre de courts susceptibles de subventionner les arts. Le musicien n’est plus au service d’un prince ou de l’église, mais il gagne sa vie en entrepreneur libéral, à travers ses cachets de concerts, l’enseignement, la composition ou les commandes et la musique destinée à l’édition. Alors que les mécènes, patrons des arts attendaient de leurs employés qu’ils sachent jouer de plusieurs instruments et qu’il compose de la musique dans tous les genres et tous les styles (comme ce fut le cas pour Bach et pour Haydn), les musiciens étaient maintenant en concurrence dans un marché ouvert. Ils trouaient souvent leur niche en se spécialisant. Les grands virtuoses comme le pianiste Franz Liszt et le violoniste Nicolo Paganini comptent parmi les musiciens les plus influents du siècle. Ils se spécialisaient dans un seul instrument et émerveillaient leurs auditoires par la démonstration de leur immense maîtrise technique. Bien des compositeurs se sont spécialisés dans un seul type de répertoire comme Chopin le fit avec la musique pour piano ou Giuseppe Verdi avec l’Opéra.

Les opportunités de carrières dans la musique s’élargissent également. Les réformes légales commencées pendant la révolution et rependues en Europe par les Guerres Napoléoniennes ont éliminé les privilèges des anciennes guildes et confréries qui fixaient les normes et contrôlaient plusieurs métiers, dont la musique. Toute personne talentueuse pouvait maintenant faire carrières. Des conservatoires ouvrent dans les grandes villes Européennes ainsi qu’aux Etats-Unis, délivrant un enseignement musical aux étudiants ainsi qu’un revenu stable pour les musiciens qui y enseignaient. L’intérêt grandissant pour la musique soutient l’apparition d’un grand nombre de critiques et de journalistes musicaux, dont certains sont plus connus aujourd’hui en tant que compositeurs.

À mesure que l’aristocratie déclinait, la classe moyenne urbaine grandit en taille et en influence. La révolution industrielle mécanise la manufacture, réduisant les coûts et attirant les gens des campagnes vers le travail dans les usines. L’une des conséquences fut que ces ouvriers avaient plus de temps libre pour le loisir. L’autre conséquence fut de permettre aux marchants et aux entrepreneurs de prendre le pouvoir économique.

La classe moyenne musicienne

La musique était un élément important pour les gens de classe moyenne et supérieur qui en avaient les moyens et le temps d’acheter des instruments de musique et d’apprendre à en jouer. Dans beaucoup de familles, les soirées étaient des moments propices à la pratique musicale en famille ou avec des amis en chantant ou en jouant du piano, du violon, de la flûte, de la guitare de la harpe ou d’autres instruments. La musique aide à détendre les tensions sociales. Elle fourni un moyen d’exprimer ses aspirations à l’égalité et à la liberté d’une nation sans risquer la censure ni la prison. Elle offre à l’esprit un exutoire, permettant d’oublier les guerres, les dépressions économiques, et la répression politique.

La musique était aussi un moyen de contrôle de la société. Les Opéras subsidiés par l’état sont souvent porteur de messages politiques. (Exemple) L’église organise des chœurs amateurs et les usines montent des orchestres ou des ensembles instrumentaux pour leurs employés, cherchant à fournir un divertissement, un moyen d’élever le goût et d’éloigner les classes laborieuses de la boisson et du jeux. À une époque où les genres étaient fortement différenciés par leurs rôles, les activités musicales permettaient également de garder les femmes occupées à la maison.

Des genres bien différenciés

Bien que beaucoup de femmes et d’enfants de classe moyenne travaillaient de longues heures dans les usines, les femmes et les filles de classe moyenne et supérieure devaient rester à la maison. Leurs loisirs et leurs occupations marquaient leur statut social. Les genres étaient fortement associés à des sphères différentes : les garçons allaient à l’école et les hommes au travail tandis que les femmes et les filles tenaient la maison. Leurs foyers, étaient considéré comme un refuge sacré contre la rudesse du monde. Lorsque cela était possible, des serviteurs étaient engagés pour tenir la maison, libérant les femmes de la famille des tâches ménagères pour un épanouissement dans des travaux féminins tels que la couture, la broderie, ou la musique.

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Le piano

Le piano est au centre de la pratique musicale dans le cercle privé. Des innovations dans la technique de sa fabrication ont rendu l’instrument plus accessible en en abaissant le coût. Des pianos « carrés » comme représentés dans l’image ci-dessus, assez petits pour les salons, sont adoptés dans les foyers des deux côtés de l’atlantique.

Les années 1820 à 1850 voient beaucoup d’améliorations dans la fabrication du piano. Ces améliorations ont permis d’obtenir de nouveaux effets pianistiques en plus d’étendre l’ambitus de l’instrument. Sur de tels instruments, les pianistes pouvaient exprimer une pensée musicale complète, presque aussi bien qu’un orchestre entier et de façon plus personnelle. Ces caractéristiques ont fait du piano la quintessence de l’instrument de musique du XIXème siècle, idéal pour jouer chez soi comme pour jouer un concert public.

Les femmes et le piano

Les femmes, particulièrement, jouaient du piano, continuant ainsi une tradition de pratique amateur du clavier remontant au XVIème siècle. Les pianistes compositeurs comme Chopin et Liszt gagnaient en partie leurs vies en donnant des cours de piano à des femmes de milieu aisé. Les professeurs attendaient de leurs élèves un entrainement quotidien, souvent de plusieurs heures gardant ainsi des jeunes filles énergiques occupées chez elles pendant de longues heures. Cet enseignement permit aussi à certaines d’entre elles d’atteindre une maîtrise admirable de l’instrument. Dans la première moitié du XIXème siècle, il y a eu un très grand nombre de femmes pianistes professionnelles. Pour la plus grande partie d’entre elles, la musique restait malgré tout un accomplissement personnel destiné à attirer un époux et à divertir sa famille et ses amis, plus qu’un chemin de carrière. Les hommes jouaient également, accompagnant leurs femmes, leurs sœurs ou leurs filles lorsqu’elles chantaient. Le piano à quatre mains devint un des genres favoris consistant à mettre deux instrumentistes sur un seul piano, ce qui offrait aux fratries une activité récréative et aux couples marries ou fiancés un moment d’intimité émotionnelle structuré.

Un marché pour la musique et un nouveau langage

Tous ces amateurs avaient besoin de musique à jouer, créant un besoin de partitions et d’ouvrages musicaux. Autour de 1770, les grands éditeurs de Londres, Paris et Leipzig avaient une centaine d’œuvres à leur catalogue, ce qui était déjà beaucoup comparé aux décennies précédentes. Dans les années 1820, leurs catalogues comptaient des dizaines de milliers de pièces. De la même façon, le nombre de magasins de musique en Europe et dans le nouveau monde a rapidement évolué au cours des années 1800, augmentant à Londres de 30 en 1794 à 150 en 1824. De nouveau, les innovations technologiques s’avérèrent cruciales. La lithographie, inventée autour de 1796, permit aux éditeur d’imprimer de la musique bon marché avec des illustrations élaborées qui aidaient à la vente. Le consommateur exigeait un flux continu de musique nouvelle, fournit par les compositeurs. Par conséquent, la quantité de musique du XIXème siècle qui nous est toujours disponible est énorme, considérablement plus importante que celle des époques précédentes. 

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Caccini, Le nuove musiche, publié à Florence en 1602, impression en notes mobiles

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Corelli 2Corelli3Corelli, Opus V, édité en 1700 gravure

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Schubert, Gretchen am Spinnrade, édité à Vienne vers 1822, gravure http://nrs.harvard.edu/urn-3:FHCL.Loeb:11225155

Le marché de la musique imprimée donne au public une influence sans précédent que le genre de musique produite. Les compositeurs écrivaient des chansons, des œuvres orchestrales, de la musique de chambre et des œuvres pour piano solo ou quatre mains ou encore deux piano en grande quantité. Les arrangeurs, eux, transcrivaient des œuvres orchestrales et de musique de chambre dans des versions pour piano seul, quatre mains ou deux pianos, rendant les œuvres de concert accessibles à un large public. Avant l’invention de l’enregistrement, de tels arrangements étaient pour beaucoup la seule opportunité d’entendre ces pièces.

Un nouveau langage musical

Les compositeurs s’adressaient directement à leur public, cherchant à rendre leur musique plus accessible et attrayante pour des interprètes amateurs en écrivant des airs mélodieux dont l’accompagnement se voulait plaisant, avec peu de contrepoint, un rythme relativement uniforme ainsi qu’un niveau de difficulté assez consistant, une imagerie musicale ou extra musicale forte, des titres très évocateurs, des associations de thèmes nationaux ou populaires, des accords familiers et une progression parsemée d’harmonies colorées ou dramatiques et contrastées, un phrasé prévisible en quatre mesures, des formes simples comme des chants et une écriture idiomatique qui exploite les textures, les sonorités et les contrastes de nuance disponibles sur un piano moderne. La musique la plus efficace offrait de la nouveauté, quelque chose d’unique qui la distinguait de la masse. La concurrence aux chiffres de ventes a stimulé les innovations harmoniques tels que l’utilisation d’accords et de notes étrangères, des progressions inattendues, l’utilisation de chromatismes et de modulations aux tons éloignés et d’ambigüités tonales.

Ces caractéristiques définissent un nouveau langage, connu aujourd’hui comme le premier style romantique. Les meilleurs compositeurs de l’époque augmentaient l’attrait de leur musique en discernant interprète et auditeurs, mais leur style était ancré dans ce langage. La grande valeur donnée à une belle mélodie, une harmonie bien sentie dans une forme concise tel qu’un chant ou pièce courte pour piano perdure dans les œuvres plus développées. L’originalité était maintenant définie non pas par la façon de traiter un matériel conventionnel, comme dans la période classique, mais par le matériel musical en lui-même.