Romantisme et tradition classique

La première moitié du XIXème siècle fut une époque très paradoxale en musique. La période a connu un développement étonnant de la vie de concert, de l’édition musicale, de la manufacture instrumentale et de la pratique musicale amateur, des tournées de virtuoses et des orchestres professionnels et d’ensembles de musique de chambre. Tous ont contribué à fertiliser la vie musicale et ont encouragé les compositeurs à produire des torrents de nouvelle musique. Les mêmes facteurs ont aidé à établir un répertoire de chef d’œuvres classiques remontant à Haendel et Bach en passant Haydn, Mozart et Beethoven. Les compositeurs de musique symphonique, de musique de chambre et d’œuvres pour chœur ont pu voir ce processus à l’œuvre et aspirer à une telle célébrité. Pour être joués en concert, reconnus, ou vendre des partitions, ils étaient en compétition directe avec les maîtres du passé autant qu’avec leurs contemporains. Ils ont introduit de nouvelles idées et exprimé leur individualité dans des genres et des formes forgés par la tradition. À des degrés variables, ils mêlaient les éléments du romantisme dans des cadres classiques du XVIIème siècle. Beaucoup des œuvres qu’ils produisirent, dont les deux symphonies Inachevée et Grande symphonie en do majeur de Schubert ainsi que ses œuvres de musique de chambre plus tardives, la Symphonie Fantastique de Berlioz et son Requiem, les Symphonies italiennes et Ecossaises de Mendelssohn ainsi que son concerto pour violon et l’oratorio Elijah , et les symphonies de Schumann ainsi que ses trios avec piano gagnèrent autres œuvres une large popularité et devinrent elles-mêmes des classiques. Les œuvres de ces compositeurs ainsi que d’autre de leurs contemporains devinrent des incontournables du répertoire. Pour beaucoup de ces œuvres composées dans le genre et les formes du XVIIème siècle, leur relation à la musique du passé a une grande importance dans leur signification. Une part de ce qui les rend intéressantes, distinctives et dignes d’être régulièrement réécoutées. Dans d’autres pièces, l’antagonisme entre le nouveau et l’ancien n’est pas moins fort, mais l’innovation semble plus importante que les références à la tradition. Comme nous le verrons dans les chapitres suivants, la position des compositeurs face à la tradition classique est un sujet qui gagna en importance pendant au moins un siècle et qui a produit une grande variété de réactions. Bien sur, peu d’œuvres ont acquis une place permanente dans le répertoire durant la vie des compositeurs qui les ont écrits. La majeur partie de la musique était éditée, jouée puis oubliée, ce qui était le lot des la musique des compositeurs des siècles précédents. Mais alors que la musique du passé gagnait en importance, certains compositeurs avaient la chance de trouver des interprètes ou des critiques pour soutenir leur travail après leur mort, comme Mendelssohn, l’a fait pour Bach, Schumann pour Schubert et Clara Schumann pour son mari. Berlioz, par exemple, dut attendre jusqu’à la deuxième moitié du XXème siècle pour être pleinement accepté, aidé par les enregistrements des ses œuvres monumentales. La musique de Clara Schumann et Fanny Hensel a disparu du répertoire pendant plus d’un siècle avant d’être redécouverte à la fin du XXème siècle, lorsque les musiciens ont recherché des pièces écrites par des femmes.

Pendant ce temps, la musique de circonstance de l’époque gagna une permanence surprenante. Les valses orchestrales et d’autres danses de Joseph Lanner et Johann Strauss père, les chœurs orthodoxes de Bortnyansky, les nombreux hymnes de Lowell Mason et ses contemporains et la musique de The sacred harp furent joués continuellement depuis leur première publication, soutenues par des traditions toujours vivent, et dans lesquels ces musiques sont autant révérées qu’elles sont utiles. Les XIXème et XXème siècles produisirent ainsi un répertoire d’œuvres classiques du passé, même lorsque de nouveaux styles et de nouveaux genres de musique émergeait à un rythme vertigineux.