Maurice Joseph, Ravel

Maurice Ravel (1875-1937) fut l’un des musiciens français les plus sophistiqués de la première moitié du XXème siècle. Sa musique explore de nouveaux horizons également explorés à la même époque par Claude Debussy. Elle se caractérise par un mélange d’innovations modernes, de fascination pour le passé et un goût pour l’évasion et l’exotisme. Il représente à merveille le goût et le raffinement français au tournant du XXème siècle.

Fils d’un ingénieur également pianiste amateur, la vocation musicale de Maurice Ravel est immédiatement encouragée par ses parents qui l’inscrivent dans la classe de piano d’Henry Ghys. Il poursuivra ensuite ses études de piano au conservatoire avant de se tourner définitivement vers la composition. Est-ce à cause de son esprit souvent distrait ou encore en raison de son rapport difficile à l’autorité? Toujours est-il que Ravel ne brille pas par sa réussite dans les études. Il arrête son cursus de composition comme il avait quitté la classe de piano auparavant, sans jamais obtenir de diplôme ni d’harmonie, ni de composition, ni de contrepoint, ni de fugue. Il restera néanmoins quelques années comme auditeur dans la classe de Gabriel Fauré.

On peut supposer que le même esprit de contradiction mène Ravel à se saboter au prix de Rome. Ses échecs consécutifs finissent par faire scandale. En 1900 il est éliminé dès les pré-sélections. Si la cantate Myrrha présentée en 1901 remporte le troisième prix, les cantates présentées les années suivantes sont toutes deux rejetées. Lors de sa dernière tentative en 1905 il est même éliminé dès le premier tour pour avoir écrit une fugue avec des quintes parallèles et terminant sur un accord de septième majeure. Malgré ces provocations flagrantes, l’opinion reste largement en faveur de Ravel. Le public et même les détracteurs de Ravel ne comprennent pas comment un compositeur reconnu, déjà auteur des Jeux d’eau et de son Quatuor à cordes puisse être empêché de concourir pour un prix aussi prestigieux. Ce scandale précipite la démission de Dubois comme directeur du conservatoire qui est alors remplacé par un Gabriel Fauré réputé plus tolérant.

Les Influences de Ravel

(voir aussi le monde de Ravel)

Ravel est très influencé par Gabriel Fauré, son professeur de composition, mais aussi par les oeuvres qu’il découvre par lui-même en dehors de ses études. Comme Debusy, il est marqué par l’exposition universelle de 1889 où il découvre le gamelan javanais ainsi que les compositeurs russes qui étaient donné à entendre par un ensemble instrumental sous la direction de Nicolai Rimsky-Korsakov. Avec son ami Ricardo Viñes, il aime faire des découvertes tant musicales que littéraires. Leurs monde culturel est aussi divers que Robert Schumann, Félix Mendelssohn, César Franck, Nicolai Rimsky-Korsakov, Mili Balakirev, Alexandre Borodine, Alexandre Glazunov, Emmanuel Chabrier, Erik Satie et Claude Debussy pour les compositeurs et Edgar Poe, Arthur Rimbaud, Huysman, Villiers de l’Isle-Adam, Stéphane Mallarmé, Verlaine et Allosius Bertrand pour les auteurs. Ravel et Viñes appartiennent tous deux au cercle des Apaches qui compte à la fois des compositeurs, des peintres et des écrivains qui se réunissent une fois par semaine pour échanger des idées sur l’art et la création.
En 1910, Ravel fonde la Société Musicale Indépendante, une société de concerts dont le directeur sera Gabriel Fauré. Le premier concert se tient le 20 Avril 1910. On y donne La chanson d’Eve de Gabriel Fauré, d’Un cahier d’esquisses de Claude Debussy et Ma mère l’oye de Maurice Ravel.
Par la suite, Ravel produit un certain nombre d’oeuvres pour la scène dont L’Heure espagnole (créé à l’Opéra Comique) et Daphnis et Chloé (commende de Diaghilev pour les ballets russes). C’est alors qu’il travaille pour Diaghilev qu’il fait la connaissance d’Igor Stravinsky duquel il restera proche.

Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, Ravel tient à servir sous le drapeau et devient conducteur de camion en 1916. La guerre amène à Paris des soldats américains et le Jazz. Cette musique d’un esprit nouveau étonne et fascine de nombreux musiciens français. La première guerre mondiale fut longue et extrêmement meurtrière. C’est marqué par les atrocités du conflit et par la mort de sa mère que Ravel aborde les années 20. Les commandes (en particulier pour Diaghilev et l’Opéra) l’obligent à se remettre d’aplomb et à se remettre à composer. Il collabore particulièrement avec l’écrivain Colette pour la création de son opéra L’Enfant et les sortilèges. Après la mort de Claude Debussy, Ravel est considéré comme le plus grand musicien français son temps. On lui décerne la légion d’honneur, qu’il refuse. Néanmoins cette reconnaissance officielle l’éloigne de la génération des artistes montants et particulièrement d’un groupe alors appelé « les nouveaux jeunes » qui deviendra plus tard le groupe des six, ainsi que de Satie qui a pour lui le célèbre mot dédaigneux: « Ravel refuse la légion d’honneur, mais toute sa musique l’accepte pour lui ». Pour la nouvelle garde parisienne, Ravel n’est plus assez moderne. Il déménage à cette époque au Belvédère à Montfort-l’Amaury où il vivra jusqu’à sa mort. Cette maison est aujourd’hui un musée en son honneur.

C’est dans l’entre deux-guerres que Ravel se fit une réputation internationale grâce à plusieurs tournées de concerts en Europe et aux Etats-Unis. On s’étonne outre-atlantique de l’intérêt de ce musicien français pour le Jazz, manifeste dans sa sonate pour violon et piano dont le second mouvement est un blues. C’est durant sa deuxième tournée Européenne, dans les années 30 que le Concerto pour piano en sol majeur est créé par la pianiste Marguerite Long.
C’est à la même époque qu’il compose un concerto pour la main gauche à la demande du pianiste manchot Paul Wittgenstein, mutilé de guerre. Ravel compose de manière à ce que la limite physique du pianiste ne restreigne pas l’exigence technique et expressive de l’oeuvre.

Depuis son retour de la guerre, Ravel souffre d’insomnies et présente les symptômes d’une maladie neurologique qui s’aggravent à la suite d’un accident de taxi. Il est alors diagnostiqué d’Ataxie Aphasie. Il voyage en Espagne et en Afrique du Nord mais est considérablement affaibli. Il meurt à Paris le 28 Décembre 1937, neuf jours après avoir subi une opération du cerveau.