Les temps modernes 1898-1918

La société occidentale a rarement été aussi consciente de sa modernité qu’au début du XXème siècle. Le rythme des changements sociaux et technologiques n’avait jamais été aussi rapide, poussant un sentiment optimiste de progrès ainsi qu’une nostalgie pour la simplicité du passé.

Nouvelles technologies

Un des symboles du progrès fut l’électrification de l’industrie, des entreprises et des foyers. L’éclairage électrique remplaça progressivement l’éclairage au gaz et des appareils électriques furent produits pour le marché privé. Le moteur à combustion interne nourri au pétrole remplaça petit à petit les moteurs à charbon dans les bateaux à vapeur et les usines. Grâce à son système de production à la chaîne, Henry Ford fit de son modèle T le première automobile abordable, initiant, en 1908, la première histoire d’amour automobile de l’histoire moderne. Wilbur et Orville Wright firent voler le premier avion en 1903. D’ici la fin de la nouvelle décennie, les avions furent utilisés à des fins militaire et commerciales. De nouveaux produits améliorèrent les transports et de nouvelles techniques de marketing concoururent à étendre la marché pour les biens manufacturés. Les nouvelles technologies pour la reproduction de la musique furent d’une importance cruciale pour la musique, des pianos mécaniques aux phonographes. Au même moment, des spectacles d’images animées – le cinéma – offrirent une nouvelle forme de divertissement théâtral avec un accompagnement musical.

Économie et conflits sociaux en Europe

La croissance de l’industrie nourrit une économie de marché en pleine expansion. Les populations Européennes continuèrent à migrer des zones rurales vers les villes, non sans regrets. Ainsi, les symphonies de Mahler expriment un désir de familier et de ruralité. Les Les inégalités économiques poussèrent les travailleurs à s’organiser en syndicats pour revendiquer de meilleurs conditions et inspirèrent des réformateurs sociaux comme Jane Addams à travailler auprès des pauvres et soulevèrent des mouvements révolutionnaires en Russie et ailleurs. Le commerce international continua à se développer. Les nations Européennes s’enrichirent par l’exportation de matières premières et de nourriture et en vendant des biens manufacturés. Les grandes puissances (Grande Bretagne, France, Allemagne, Empire Austro-hongrois, Russie et Empire Ottoman) étaient en compétition pour la domination mondiale tandis que les peuples d’Europe de l’Est, des Balkans à la Finlande se mobilisaient pour obtenir leur liberté. Des tensions grandissantes et des problèmes politiques complexes culminèrent dans la première guerre mondiale (1914-1918). Les machines de guerre, modernes et efficaces tuèrent des millions de soldats, enterrant le rêve d’un progrès technique conduisant inévitablement à l’amélioration et à l’avancement du genre humain. L’effondrement d’une foi en le progrès humain laissa une profonde désillusion dans son sillage.

Les États-Unis

Durant ces années, les États-Unis émergèrent comme grande puissance mondiale. Ce pays avait facilement vaincu l’Espagne dans la guerre hispano-américaine de 1898, conquérant Porto Rico, Cuba, les Philippines et d’autres colonies espagnoles. Les industries américaines et le commerce extérieur se développaient rapidement, croissant jusqu’à rivaliser avec les géants industriels qu’étaient la Grande Bretagne et l’Allemagne. L’entrée des États-Unis dans la première guerre mondiale en Avril 1917 aux côtés de la France et de l’Angleterre augmenta la pression sur l’Allemagne et l’Empire Austro-hongrois. Le président Woodrow Wilson joua un rôle moteur dans les négociations pour la paix.
Comme en Europe, le développement économique rapide causa des conflits sociaux. Le mouvement progressiste poussa des réformes pour réduire la domination des grandes entreprises. Les migrants continuèrent à affluer vers les États-Unis, venant du Sud et de l’Est de l’Europe et leur présence dans les villes causa des frictions avec les précédents groupes d’immigrants. Les africains-américains quittèrent le Sud pour les grandes villes du Nord à la recherche de nouvelles opportunités après l’abolition de l’esclavage. Ils durent s’installer dans des quartiers séparés à cause du racisme et des lois de ségrégation raciale. Dans ces quartiers, une culture urbaine noire commença à se développer. Dans cette culture, la musique était une force culturelle majeure.

Nouvelles fenêtres sur l’esprit humain

Les psychologues soulevèrent de nouvelles questions sur ce que cela signifie d’être humain. Sigmund Freud développa la psychanalyse, théorisant l’idée que le comportement humain découle de désirs inconscients qui sont réprimés par les contraintes culturelles et que les rêves seraient une fenêtre sur les conflits internes d’une personne. Ivan Pavlov montra que des chiens habitués à être nourris après la sonnerie d’une cloche salivaient au son d’une cloche même en l’absence de nourriture. Il montra également que les humains pouvaient également être conditionnés pour répondre à des stimuli de façon prévisible. Ces approches remettaient en question les paradigmes romantiques de l’individu comme héro de son drame personnel, et semblent définir l’humain somme un animal sous l’emprise de forces intérieurs et sociales dont il n’est pas totalement conscient. Ce changement de position sur la nature humaine joua un rôle important dans la littérature et les autres arts.

Les arts

Les artistes voyaient de plus en plus leurs œuvres comme une fin en elle-même, devant être appréciées en tant que telles. Cette vision était soutenue par la notion Romantique de l’art comme une fenêtre ouverte sur le divin et de l’artiste comme un visionnaire éclairé. Le succès ne se mesurait pas à la popularité mais par l’estime des intellectuels et des autres artistes. De nombreux artiste recherchèrent des contenus ou des techniques nouvelles. Les poètes symbolistes tels que Paul Verlaine et Stéphane Mallarmé, Paul Valéry ou Stefan George par exemple utilisèrent une imagerie, des symboles et une syntaxe remaniée pour évoquer un état indéfini, comme dans un rêve et pour suggérer des sentiments et des expériences plutôt que de les décrire directement. Ils se concentraient sur les sens et sur l’instant présent, ouvrant de nouvelles perspectives de sensualité qui eurent leur équivalent dans les arts plastiques et la musique.
À la fin du XIXème siècle, des peintre français maintenant connus sous le nom d’impressionnistes (Ainsi nommés d’après le tableau Impression: levé du soleil de 1872 de Claude Monet), inaugurèrent le premier mouvement artistique qui changea radicalement le style et la façon de concevoir et de regarder l’art. Plutôt que de représenter les choses de façon réaliste, les impressionnistes cherchaient à capturer l’atmosphère et les impressions sensoriels de la nature, adoptant une attitude d’observation détachée plutôt qu’un engagement émotionnel directe. Dans la peinture de Monet, les objets et les personnages sont suggérés par quelques coups de brosse, souvent dans des couleurs fortement contrastées, laissant à l’œil et à l’esprit du publique la tâche de mélanger les couleurs et de rajouter les détails manquants. Les effets de la lumière sur un objet sont souvent tout autant le sujet d’un tableau que l’objet en lui-même. La distinction entre premier et arrière plan est brouillée, aplanissant la perspective et focalisant notre attention sur l’impression générale. Bien que les peintres impressionnistes soient très populaires aujourd’hui, ils furent d’abord mal reçus, raillés pour leur prétendu manque de savoir faire artistique auquel on opposait l’esthétique traditionnelle. D’autres styles modernes en art plastique et en musique provoquèrent plus tard des réactions similaires. Chaque peintre impressioniste avait un style très peersonnel et les artistent de la génération suivante élargirent l’idée d’impressionniste de façon unique.

Paul Cézanne décrit la nature et les objets comme des arrangements ordonnés de figures géométriques et des plages de couleurs comme dans son Mont Sainte Victoire (1906).

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Paul Cézanne, Mont Sainte Victoire (1906). Cézanne a peint de nombreuses versions de cette scène visible depuis sa maison à Aix-en-Provence, dans le Sud de la France. Cézanne représente la montagne massive et les détails de la ville et de la campagne comme des blocs de couleurs juxtaposés en un arrangement géométrique.

Pablo Picasso et Georges Braque prolongèrent cette idée, la rendant plus abstraite dans le cubisme, un style dans lequel les objets en trois dimensions sont représentés sur une surface plane en les décomposant en des formes géométriques tels que des cubes et des cones juxtaposés ou superposés dans une mise en forme active et colorée.

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Pablo Picasso Violon (1911-1912)

L’exemple ci-dessus est tiré d’une série peinte par Picasso en 1912 et dont le sujet est le violon. La révolution commencée par les impressionistes stimula de nouvelles manières de concevoir, de regarder et de de faire la peinture. Cette révolution donnera naissançance à des mouvements tels que l’expressionisme, le surréalisme et l’art abstrait. Dans la plupart de ces nouveaux mouvements, les artistes et les critiques qui les approuvent ne se soucient plus autant d’attirer le public, ni de l’intelligibilité de leurs oeuvres, comme le font les peintres depuis la Renaissance jusqu’à la période Romantique. Au lieu de cela, les artistes veulent approfondir leur engagement, et exigent de leur public un effort pour comprendre et interpréter l’image.

Nous verrons que toutes ces tendances se reflétèrent en musique. La musique était directement influencée par l’économie florissante, les nouvelles technologies, les destructions causées par la première guerre mondiale, l’émergence des Etats-Unis d’Amérique sur la scène mondiale, le rôle de la culture urbaine afro-américaine comme incubateur pour de nombreux styles musicaux. La musique fut également influencée par l’évolution des réflexions sur la nature humaine et les nouveaux mouvements artistiques, particulièrement le symbolisme, l’impressionisme et le cubisme.