Taillefesse, Germaine dite Germaine Tailleferre

Compositrice française, membre du groupe des six. Son oeuvre couvre une grande partie du XXème siècle tout en gardant les caractéristiques néoclassiques chères aux compositeurs de l’entre deux guerres. Compositrice célèbre en son temps, le poète Jean Cocteau définissait Germaine Tailleferre comme étant une Marie Laurencin pour l’oreille.

Artiste dans l’âme, Germaine Tailleferre hésita longtemps entre son talent musical et son habilité pour les arts plastiques. Pianiste de formation, elle fut très tôt confrontée à l’opposition de son père, qui refusait qu’elle étudie au conservatoire. Elle y étudia d’abord en cachette et obtint des prix d’harmonie, de contrepoint et d’accompagnement. Elle y eut d’illustres professeurs et fit la connaissance de Darius Milhaud, Georges Auric et Arthur Honegger, futur camarades du groupe des six. Elle baigna dans le milieu artistique des années folles. Le Montparnasse des artistes des années vingts. Elle y fit la connaissance de Jean Cocteau, de Guillaume Apollinaire, Marie Laurencin, Fernand Léger, Pablo Picasso, Amédéo Modigliani. En 1918, elle rencontra Francis Poulenc et Louis Durey à l’occasion d’un concert des « Nouveaux Jeunes », où elle présenta ses Jeux de plein air et une Sonatine pour quatuor à cordes.

Un lien d’amitié sincère se crée entre les compositeurs que le critique musical Henri Collet baptisa le groupe des six.  Au sortir du traumatisme de la première guerre mondiale (la plus meurtrière en France), ces jeunes artistes célèbrent la vie et l’insouciance. Ils aiment le jazz, amené à Paris par les soldats américains, le musique-hall, le cirque et font une esthétique de la joie, de la légèreté et de la folie.

Le style personnel de Germaine Tailleferre est largement influencé par Igor Stravinsky, qui l’encouragea dans sa vocation de compositrice, et Erik Satie, qui l’appelait sa fille musicale. La musique de Tailleferre est également marquée par l’étude des compositeurs du passé. Elle s’intéresse à la redécouverte des instruments anciens et à leur répertoire, notamment Jean-Philippe Rameau, François Couperin, Domenico et Alessandro Scarlatti. Elle imitera et pastichera ce style dans ses propres oeuvres.

Après plusieurs pièces de musique de chambre, elle compose le ballet Le marchand d’oiseaux pour le Ballet Suédois créé en 1923 au Théâtre des Champs Elysées.

Deux ans plus tard, son premier concerto pour piano est créé à Philadelphie par le grand pianiste Alfred Cortot. Maurice Ravel lui donna quelques cours de composition et l’encouragea à s’inscrire au Prix de Rome. Elle resta proche du maître qui la comptait parmi ses amis.

Tailleferre eut deux mariages mouvementés, le premier à New-York avec le dessinateur Ralph Barton, avec lequel elle s’installa à Manhattan. Le couple fréquentait le gotha New-Yorkais et était notamment très lié avec Charlie Chaplin, avec lequel Germaine aimait à improviser au piano. Son second mariage eut lieu à Paris avec l’avocat Jean Lageat. C’est de cette union que naquit Françoise, en 1931, fille de Germaine Tailleferre et de Jean Lageat. Son mariage et l’éducation de sa fille ralentissent sa carrière mais elle poursuit tout de même avec des créations, notamment la Suite pour orchestre de chambre, le Divertissement dans le style de Louis XV, et le Concerto grosso pour deux pianos, quatuor de saxophones, huit voix solistes et orchestre.

Néanmoins son mari et sa belle famille ayant des objections à sa carrière artistiques, elle fut contrainte à travailler en cachette comme dans son enfance. Ceci la mena à se tourner largement vers la composition pour le cinéma et le film documentaire, un travail bien payé qui lui permettait de continuer à pratiquer la composition tout en se tenant éloignée de la scène et en restant dans l’ombre. Après la guerre, qu’elle passe en partie réfugiée aux Etats-Unis, elle crée de nouvelles oeuvres comme les ballets Paris-Magie et Parisiana, la Sonate pour harpe, et le Concertino pour flûte, piano et orchestre. Elle répond également à un certain nombre de commandes pour la radio dont Du style galant au style méchant en 1955. À la fin de sa vie, Germaine Tailleferre se consacre largement à l’éducation de ses petits enfants et à l’enseignement passant quelques temps à la Scola Cantorum puis plusieurs années à l’école Alsacienne de Paris où elle fut accompagnatrice. Elle mourut à l’âge avancé de quatre-vingts-dix ans, la dernière représentante du célèbre groupe des six.