Arvo Pärt et la simplification radicale

Certains compositeurs combinent une simplification radicale du contenu et des procédés musicaux avec un retour à la musique tonale. Une voix est représentée par le minimalisme, mais toutes les oeuvres de ce genre ne rentrent pas dans la catégorie minimaliste. 

Le compositeur estonien Arvo Pärt (né en 1935) s’est forgé un style très individuel, directement reconnaissable, en utilisant le matériel le plus simple. Après des oeuvres néo-classiques et des oeuvres sériels puis d’autres mettant en contraste le modernisme avec le style Baroque, il s’est tourné vers l’étude du chant grégorien et de la polyphonie de la fin du Moyen-Âge. Dans les années 1970, il a conçu une méthode qu’il a appelé tintinnabuli, d’après la sonorité de cloches qu’elle produit. Son essence est dans le contrepoint entre une mélodie centrée sur une note, le plus souvent diatonique et en mouvements conjoints et une ou plusieurs autres voix qui jouent uniquement les notes de l’accord de tonique. La position de chaque note étant déterminée par un système pré-conçu. On peut voir un exemple de cette organisation dans Seven Magnificat Antiphons (1988, revu en 1991)

 

Dans cet exemple, le deuxième ténor (la partie la plus basse sur la voix de ténor) présente une mélodie modale simple centrée sur un La et ne s’éloignant jamais à plus q’une quarte inférieure ou supérieure à la tonique. Le rythme est restreint à des noires et des blanches. La mesure change pour se plier à l’accentuation du texte. La mélodie du ténor trouve un écho dans la voix de soprano deux, formant un canon en augmentation. Les altos psalmonient le texte, phrase par phrase sur un Ré. Les autres voix ont des notes de l’accord de ré mineur, en suivant des règles strictes et simples qui rappellent les premières polyphonies. La basse et le premier ténor entourent la mélodie du second ténor, chacune chantant la note de l’accord de Ré mineur le plus proche d’un intervalle d’une seconde du La du début de la mélodie. Pendant ce temps, la première soprano chante une note d’un accord qui est le plus proche de la mélodie de la seconde soprano. La texture qui en résulte alterne les consonances et les dissonances diatoniques, ce qui permet une variété et des sommets dramatiques dans un style dépouillé centré sur une note.